Accueil Afrique Meurtres en Sérail de Charaf Abdessemed

Meurtres en Sérail de Charaf Abdessemed

0
0
18

Meurtres en Sérail de Charaf Abdessemed dans Afrique

Médecin algérien, aujourd’hui rédacteur en chef de la gazette de Genève, Charaf Abdessemed a écrit un premier polar fort intéressant à plus d’un point de vue: Meurtres en sérail.

abdessemedmeurtres dans Algerie
Le livre a été publié aux Editions Metropolis à Genève. Vous le trouverez à la Fnac pour 13.78€ au lieu de 14.50€.

Un sérail est une partie d’habitation musulmane réservée aux femmes, par extension il désigne un lieu confiné.

Meurtres en sérail car il s’agit de meurtres perpétrés exclusivement sur des femmes et ceci pour se venger de leurs hommes. C’est là déjà ce qui fait toute la différence du thème de ce polar. Tuer l’un pour atteindre l’autre, n’est pas si fréquent.

Un constat, en Algérie tout prend un aspect politique, ici ce sont les épouses de « hauts dignitaires » et surtout membres ou proches du gouvernement, qui sont visés par le criminel qui nous réserve une surprise de dernière minute.
L’écriture du roman frôle la satire et caricature par bien des côtés la société algérienne si bien que l’on ne sait vraiment distinguer le vrai du faux témoignage. Ceci est après tout de la littérature même si son auteur est journaliste dans l’âme. Nul doute que cet écrivain, installé aujourd’hui en Suisse, ne déplore les difficultés de la société de son pays.
Je retiens la citation d’en tête. Elle est de Victor Hugo et peut s’appliquer à bien des désespérés:

Le plus haut fardeau, c’est d’exister sans vivre.

Le lieu

Alger, la capitale dont wikipedia nous cite des surnoms

« el Bahdja » (« la joyeuse »), « el mahroussa » (« la bien-gardée »)

et qui n’est ici ni bien gardée, ni joyeuse
L’un de ses hôpitaux est la principale scène du roman qui nous guide également vers les habitations des notables dont les femmes ont été assassinées et la petite maison coloniale du père du héros dont celui-ci dit

« mon père (l’)avait achetée à un Pied-Noir, juste après l’indépendance »

Dans un reportage « Grands Reporters » de 1997, titré Urgences, Alger Hôpital Mustapha Jean Paul Mari nous fait part de cette impression de « combat permanent entre l’apparence et le réel »

L’objet du livre se rapproche de cet article sous le couvert d’une intrigue policière assez bien montée.

L’époque

L’ouvrage a été publié en 2002 et témoigne d’une époque récente quoique non datée, l’intrigue se noue juste avant le Ramadan et l’enquête ce poursuit pendant cette période.
 » C’était le premier jour du Ramadan. Hani et moi, épuisés autant par le jeûne que par l’épreuve du repas plantureux qui s’ensuivait toujours, n’étions pas parvenus à nous endormir. »

Les personnages:
- Le « héros » de l’histoire, comme l’auteur est un médecin, Farid Ouz, travaillant pour un hôpital d’Alger et cumulant les fonctions de médecin légiste et d’urgentiste. Son rêve: devenir légiste à plein temps afin de fuir la foule des malades. Il sera commandité par le gouvernement pour aller faire les constats de décès des victimes, voire leur autopsie, ceci dans le plus grand secret
- son chef, le professeur Khobza, un vieux rusé, un ancien combattant pour l’indépendance, qui rêve de business comme la plupart des Algériens d’après l’auteur
- son compagnon désigné puis complice, l’inspecteur Hanni du Commissariat Central qui se révèlera un dur au coeur d’artichaud
- le béguin puis l’amante de Farid et enfin, sa promise, Neila, trentenaire qui vient d’être répudiée, sexy mais en quête de mari
- et toute une foule de personnages, ne pas oublier que la « wilaya » (le territoire) d’Alger compte près de 3 millions d’habitants, normal qu’il y ait donc pas mal de monde dans ce roman de moins de 300 pages:
la famille: la mère et la soeur de Farid, Ourida, les amis peu nombreux, à peine mentionnés: , un copain qui tient un cyber café, Salah
les petites gens de l’hôpital, l’infirmier Walid, la fille du patron, Hamida, interne en pédiatrie, le gardien du parking, Ammi Ahmed, le vieux flic Ammi Moh tous à l’affût des services que pourrait leur rendre Farid, fausses ordonnances permettant des remboursements, recommandations etc.
les notables qui n’aiment pas que leur nom s’ébruitent autour de scandales, le dr Mokh, psychiatre des grosses têtes
les gens du dehors: les malades de l’hôpital, un étudiant auto-stoppeur

La satire sociale
Corruption, faux papiers et business illégal tous azimuths sont ici dénoncés.
Chaque individu est susceptible d’appartenir à un réseau permettant des arrangements, des priorités et privilèges. les cadres sont recherchés pour le pouvoir dont ils disposent bien sûr, comme partout, mais là, ce pouvoir est détourné à des fins individuelles.

Excuse-moi de te déranger mais j’ai besoin d’un petit service… j’ai simplement besoin que tu me refasses les ordonnances…

Le business:

Ecoutez, patron, j’ai quelque chose à vous proposer…
En une phrase mon patron, qui officiellement gagnait à peine plus que moi, venait d’acquérir pour plusieurs millions de marchandise.

Dans les villas, un garage au rez-de-chaussée, est prévu pour abriter des commerces:

C’était un des seuls moyens que la plupart des familles avaient trouvé pour tenter d’assurer une situation à leurs rejetpons mâles en proie au chômage : leur ouvrir un petit commerce aménagé dans la villa familiale.

Les contradictions entre contraintes inutiles, politesses forcées, abus de pouvoir facile et retards et négligences systématiques montrant le héros de l’histoire toujours en retard au boulot, manquant des matinées ou se réfugiant en salle de garde.

Le découragement menant à la passivité, à la fuite devant les obligations, paraît endémique.

A l’extérieur du cabinet de consultation, une foule de personnes agressives attendait d’être examinée. Découragé, je décidai qu’en ce laborieux début de matinée, un café me ferait le plus grand bien.

Je ne sais pas quoi faire, renifla-t-elle, il y a trop de monde qui attend..

Après avoir vécu un épisode tragique, Farid ira jusqu’à se réfugier dans l’Islam intégriste.

Convaincu et apaisé, j’abandonnai alors définitivement l’habit occidental imposé par les colonisateurs puis par le pouvoir honni qui dirigeait le pays à sa guise.

Le constat du marasme et des inégalités

Le manque d’eau

Si ce n’était que les beaux quartiers de la capitale disposaient d’un approvisionnement régulier du précieux liquide, alors que le remplissage quotidien des jerrycans était le lot quotidien de la majorité des Algérois.

Les femmes
Obligation sociale leur est faite, d’avoir un conjoint

Le fruit était mur, l’affaire limpide: la fille cherchait un mari

Mes soeurs avaient été élevées dans le culte de la propreté : ma mère avait réussi à les convaincre qu’être une bonne maîtresse de maison restait la meilleure manière de trouver un mari.

Bref un livre à lire

    .

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par Ambix
Charger d'autres écrits dans Afrique

Laisser un commentaire

Consulter aussi

Accueil

Bienvenue sur mon blog. Qu’il soit thriller, roman noir ou énigme policière, le pola…