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Recherchée de Karin Alvtegen

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Le site de Karin Alvtegen
Recherchée de Karin Alvtegen dans Auteurs feminins Alvtegen_Karin

l’image provient d’un site traitant de la littérature suédoise

Karin Alvtegen née à Stockolm en 1965, petite nièce d’Astrid Lindgren, auteur de romans pour enfants dont Fifi Brin d’Acier est l’un des personnages les plus célèbres, est considérée comme l’un des plus grands écrivains suédois spécialisés dans le polar.
 dans Suede

Le roman publié chez Plon est disponible chez Decitre au prix de 16.15€, où vous le trouverez aussi en format de poche à 6.65€ ainsi qu’en gros caractères dans la collection A vue d’oeil, à 20.90€.

Le roman met en scène une jeune femme, Sibylla Forsenström, 32 ans, que l’on eût qualifiée de « paumée » dans les années 70. De famille aisée, des nouveaux riches nous précise-t-on, elle est marquée par une enfance privée d’amour et placée sous le sceau de la contrainte du fait d’une mère froide, matérialiste et exigeante, la présence du père paraissant inexistante. Des difficultés d’adaptation à cette société où étaient ancrés ses parents l’ont menée dans une voie sans issue après une hospitalisation dans un centre de soins psychiatriques dont elle s’est évadée. Sans domicile fixe, elle perçoit une petite pension mensuelle que lui verse sa mère, et fait l’économie de la plus grande partie de la somme afin de pouvoir acheter une petite maison. En attendant, Sibylla vit d’expédients, de menus vols et escroqueries qui la mènent un soir à allumer le client d’un hôtel afin de l’amener à lui payer chambre et repas sous le prétexte d’une perte de portefeuille et sans rien lui offrir en retour. Le meurtre sanglant du monsieur, crime dont elle est immédiatement soupçonnée entraîne sa fuite et une déchéance toujours plus grande dont elle craint ne pouvoir émerger. Sa rencontre avec un adolescent qui la soutiendra, l’amènera à se reprendre et à chercher le véritable assassin pour pouvoir se tirer d’affaire en beauté.
Karin Alvtegen nous offre une happy end où les méchants sont punis et la belle et triste héroïne récompensée après bien des déboires.

C’est une écriture simple, précise et rapide, qui se lit avec aisance. Le personnage de Sibylla Forsenström est assez attachant pour que l’on ait envie de lire le roman d’une traite, un soir d’oisiveté. L’intrigue est faible, il n’est pas possible de pouvoir deviner l’identité du criminel, celui-ci ne nous étant présenté qu’en dernière minute. A vrai dire le mobile du meurtre, des meurtres car il y en aura eu une succession, est un peu tiré par les cheveux et reste peu crédible pour ma part. Ici, les crimes et la résolution de l’énigme qu’ils représentent ne sont qu’un prétexte, le vrai thème est le désarroi de cette jeune femme et la manière dont elle s’en sort.
La narration est coupée de retours en arrière, souvenirs d’enfance puis d’adolescence qui sont censées expliquer la situation tragique de Sibylla. Quelques coupures de journaux nous donnent l’actualité des crimes en tant que faits divers, enfin de courts monologues en italique, délires mystiques dont on devine que le criminel est l’auteur, donnent l’ambiance.

Les lieux

L’histoire se passe à Stockolm. Les lieux décrits restent assez anonymes, un grand hôtel en ville, la gare centrale, le métro, des jardins ouvriers du quartier de Södermalm (kolonilott en suédois) un bateau près de l’île de Langholmen, toujours dans la capitale. On constate combien la jeune femme est indifférente à tous ces endroits qu’elle traverse, cherchant simplement un abri pour la nuit, un peu de nourriture.

un kolonilot, parcelle de jardin et son abri de jardin, ici titré « allotment » à remarquer que celui-ci paraît tout à fait adorable par rapport à celui où Sibylla va se cacher une journée et une nuit entière

Là d’où cette photo est tirée et où l’on peut repérer tous les quartiers de la capitale suédoise
Le site suédois

Les gens

- La mère Béatrice Forsenström née Hall, une fille de bonne famille mariée à un nouveau riche méprisé par les siens

Mais fais-en à ta tête. Seulement, ne viens pas te plaindre quand tu verras que nous avions raison.

n’est-ce pas cette hargne qu’elle projette sur sa fille qui ne satisfait pas à ses ambitions et dont elle a honte à tout propos ?


Mais Henry, je ne peux l’emmener avec moi. Tu sais bien ce qui s’est passé la dernière fois.

Sois gentille, Sibylla, pas comme ça. Essaie au moins de sourire un peu. pense Sibylla en regardant sa photo, faisant écho au commentaire imaginaire de sa mère.

- Le premier petit ami, Mikael Persson un jeune mécano qui la laissera tomber parce que ses parents l’auront retenue dans sa chambre pendant plusieurs semaines. Il est à l’origine du drame qui secoue sa vie de jeune fille puisque Sibylla concevra un enfant de lui, qui sera programmé à l’adoption par ses parents.

Elle eut l’impression qu’il n’était pas très content de la voir et même plutôt contrarié.
- Je suis venue, dit-elle avec un sourire..
Il baissa les yeux vers quelque chose qui se trouvait hors de son champ de vision et elle eut l’impression qu’il rajustait son pantalon.

- l’ancien compagnon/copain, Thomas, un marginal avec qui elle a vécu quelque temps dans une caravane, dix ans plus tôt.
Thomas était digne de confiance, mais seulement quand il était sobre. Dès qu’il avait bu un coup, il n’était plus le même. Elle en portait encore les traces sur le corps.
Sibylla ne se réfugiera sur son bateau qu’une nuit puis fuira Thomas qui en veut à son corps et à son fric.

- Les victimes: on ne fait connaissance que du premier, un genre de quadragénaire, représentant ou homme d’affaires, banal au possible

- Les épouses des victimes que Sibylla contactera dans sa recherche de la vérité: assez antipathiques, elles ressemblent un peu à sa mère sauf Günvor Strömberg dont elle rêve d’acheter la petite maison que Günvor a construite avec son mari décédé.

- son premier complice et confident, un lycéen de 15 ans, Patrik, rencontré dans le grenier de son établissement où elle a cherché refuge
Merde alors. J’ai eu peur que tu sois partie.

- Le criminel dont on fait connaissance à travers des monologues aussi mystiques qu’énigmatiques:
Merci, Seigneur, de me donner du courage… Fais de moi l’instrument de Tes Volontés. Permets-moi de les châtier de leurs péchés et accueille l’être que j’aime près de Toi pour la vie éternelle.

La nourriture
L’auteur en parle car la nourriture pose problème. La trouver nécessite souvent une prise de risque puisque non seulement Sibylla manque d’argent et ne veut toucher à son pécule mais elle est recherchée par la police et craint de se faire remarquer. Ne pas oublier non plus que c’est pour une nuit dans le confort d’une chambre d’hôtel et aussi un bon repas pris dans le restaurant que Sibylla s’est plongée dans les ennuis.
Que mange Sibylla ?
Beaucoup de haricots en conserve lorsqu’elle achète ses aliments, probablement pour leur valeur nutritive.
Des brioches qu’elle a piqué dans le resto d’un hôtel.
Du pain et de la pâte à tartiner chez Thomas.
Des côtes de porc apportées par Patrik pour une nuit de camping en grenier.

L’argent
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On parle beaucoup d’argent ou plutôt de petite monnaie dans ce roman très féminin. Sibylla a économisé un petit trésor de 30000 couronnes qu’elle balade autour du cou, ce qui paraît pour le moins imprudent et peu crédible si l’on songe que Sibylla est à la rue depuis plusieurs années.
Il faut savoir qu’il faut environ 9,5 couronnes suédoises pour obtenir 1 euro

Sivylla ne cesse de calculer le prix des choses, des tickets de transport qu’elle achète rarement, préférant voyager en clandestine, de la nourriture qu’elle tente de chaparder de préférence ou d’extorquer par des moyens divers.

Les fringues
Sibylla est vraiment très démunie, elle n’a qu’un tailleur vert dont elle tente de dissimuler l’usure et qu’elle conserve précieusement pour les jours où elle tente de gagner un repas chaud et un lit confortable, et apparemment juste un jean, t-shirt et veste, et pas de change pour ses dessous qu’elle lave quotidiennement au petit bonheur de ses squatts, ou dans des toilettes publiques.
J’imaginerais bien Sibylla en cette jeune femme à l’attitude incertaine de cette toile du peintre hongrois Nandor Vagh-Weinmann né à Budapest en 1897.
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La photo est tirée du site Arcadia

Les compromissions
inhérentes à la misère et au fait d’être femme et donc semble-t-il de cette faiblesse forte qui nous définissent.

Un jour, elle avait dû payer pour avoir eu la langue trop bien pendue.
Mais pas en argent.


Puis il (Thomas) se jeta sur elle et elle pria le ciel que cela aille vite.

(à suivre)

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